• Le côté obscur de l'objectif

    Où l'on s'aperçoit qu'à voir les clichés des plus belles déferlantes on ne sait rien des conditions de prises de vue difficiles et dangereuses dans les eaux froides de l'océan.

    Dans son court-métrage Dark Side of the Lens, le photographe-narrateur irlandais Mickey Smith évoque sa fascination pour les vagues et les surfeurs. Il traite en particulier de sa passion pour son métier et des conditions difficiles de prises de vue, de longues heures passées dans l'eau froide à l'affut du bon cliché.  Nous sommes bien à mille lieues sous la mer des stéréotypes.

    Les images sont fascinantes. C'est un très beau film. Aussi, je vous propose la traduction intégrale et en français que j'ai faite de son commentaire, juste sous la visionneuse.

     


    "J’ai pris à bras le corps l’idée de vivre par monts et par vaux. Ma mère nous encourageait toujours à ouvrir nos yeux et nos coeurs au monde, à développer nos esprits afin d’apprendre à être inspiré.

    Je vois la vie sous des angles et des lignes de perspective, dans un léger mouvement de la tête, le clignement d'un oeil, à travers les lueurs subtiles et magiques que les gens ne voient pas. Les appareils photo m'aident à traduire, interpréter et comprendre ce que je vois. Cette attitude simple me fait sourire.

    Je n'ai jamais eu l'intention de devenir quoi que ce soit mais seulement d’être créatif et pousser les limites de mon expérience vers l’aventure. Par passion. Cela a toujours du sens pour moi, peut-être même plus que quiconque qui aurait des rêves.

    Mon coeur est baigné de sang celtique et je suis magnétisé près des frontières familières des littoraux larges, brutaux, froids que défie le franc cavalier des vagues. C’est là que mes battements de coeur sont les plus forts. J'essaye de rendre hommage à cette magie par la photographie.

    Chaque hiver, les trombes d’eau et les tempêtes infinies sont à la fois une bénédiction et une malédiction que je savoure, rares instants merveilleux. Je veux voir la vague chevauchée indiquer le chemin que je vois dans mon esprit et ressens dans la mer. C'est une étrange sensation à maîtriser. On y parvient seulement en passant du temps  dans les vagues, sur toutes sortes de vagues, sur toutes sortes d’embarcations, ça signifie de longs moments dans l'eau.

     En ondoyant sur la houle océane vous apprendrez toujours quelque chose ; elle a été toute la vie celle qui m’instruit et le sera toujours.

    Enterré au-dessous des falaises formant la côte, l’esprit soufflant des images de vagues vides me consume. Invincibles ondes océaniques actionnées par les profondes eaux froides. Lourdes vagues... vagues pesantes.

    Installé dans une routine confortable, il faut enflammer l'imagination, transmettre quelque étincelle divine, chuchoter les possibilités, ensorceler les situations. Je m’épanouis dans le travail documentaire.

    Nous prenons tous des coups dans l’action : dos cassés, demi noyades, noyades, hypothermie, entorses, fractures, la morsure du gel, des blessures à la tête, des points ; des chocs ont cassé mon bras il y a quelques années. Aller toujours de l’avant chaque hiver. Le froid rampe dans votre cœur, vous rend fou et, jour après jour, se dire dans un murmure de tenir coûte que coûte la position et attendre la session à venir.

    Le Côté Obscur de l'Objectif est une forme d'art, pour vous, pas pour nous, les bêtes de somme silencieuses du monde surfant.

    Il n'y a pas de cliché sucré. La plupart des gens ne savent pas qui nous sommes, ce que nous faisons ou comment nous le faisons... sans parler de qui veut nous payer pour cela.

    Je ne considérerai jamais tout ceci comme acquis, j'essaye donc de garder des motivations simples, réelles, bénéfiques.

    Si ça me permet d’en vivre, c’est déjà ça. S’il n'y a pas d’avenir là dedans, mes souvenirs sont déjà un cadeau.

    De ces moments où on s’enflamme de bonheur, de ces vagues de gratitude, de tout ce qui nous a amené là, de cet instant où on agit, on s’en souviendra en gardant une photographie ou une cicatrice.

    Je me sens véritablement chanceux et c’est la main sur le cœur que je peux dire j'aime ce que je fais.

    Et je ne serai peut-être jamais un homme riche, mais si je vis assez longtemps, j'aurai certainement une histoire ou deux à conter à mes neveux. Et cette idée me plait bien."

    Mickey Smith (traduction Christophe Entours)

     

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