• Ch. 5 Comprendre l'enjeu de la collaboration technique de 3 barriques

    Où l'on comprend pourquoi Arthur Gordon perpétue la tradition familiale qui consiste à utiliser 3 barriques plutôt que 4 pour son tribarran.

     

         Je vous disais l’autre jour que ma famille, depuis des générations et des générations, est littéralement fascinée par le tonneau en raison de ce qu’il est capable de contenir - hélas trop peu longtemps, je pourrais en écrire des litres - mais surtout en tant qu’objet extraordinaire.

         Je ne reviendrai pas sur mon quinquisaïeul et autres arrières oncles peints pour l’éternité sur leur barrique par Jérôme Bosch ou Rembrandt. Je voudrai simplement vous présenter deux personnalités de ma lignée récente. Ce n’est qu’ainsi que vous comprendrez pourquoi je me suis lancé dans la construction de mon tribarran. C’est que très tôt nous avons compris que l’efficacité réside dans l’interaction, la coopérative, pardon, la coopération des trois barriques réunies.

         Pierre de Futaille est un arrière arrière grand oncle, bourguignon. Il est le premier à avoir mis au point la combinaison tribarrique. Elle était destinée à protéger le vendangeur des chutes, en fin de soirée, lorsque celui-ci se lève pour pisser. D’une efficacité réelle, elle a permis à des milliers de riches vignerons d’économiser des frais médicaux. Elle avait de surcroît l’avantage de mener plus facilement le buveur à sa chambre en le roulant et non plus en le portant, ce que n’aimaient guère les ouvriers agricoles déjà éreintés par leurs travaux. Les tonnelets autour des jambes étaient une judicieuse protection pour que les cannes du bienheureux ne souffrent pas pendant qu’on le roulait sur des chemins mal carrossés.


     

         J’admire la lucidité visionnaire de Pierre qui avait pressenti, il y 200 ans l’utilité des 3 fûts réunis. J’admire sa clairvoyance qui nous a indiqué que 4 tonneaux auraient été inutiles puisque nous n’avons au juste que 2 jambes. S’il avait vécu dans les années 70 il aurait été contre la ceinture de sécurité et aurait milité pour le port de sa combi tribarrique dans les autos.

         Alex Boucaut est un cousin récent, du côté de ma tante. Son génie réside dans le fait qu’il est l’inventeur de la moto tribarrique dont les larges jantes sont bien plus économiques et écologiques que les jantes alu. Les siennes sont robustes, recyclables – ce qui est remarquable pour une roue – mais surtout elles permettent de rompre avec le gaspillage du caoutchouc utilisé en grande quantité dans l’industrie pour fabriquer les pneus noirs que l’on connaît. Les puissants lobbies automobiles français y ont vu leur perte et Alex fut envoyé au STO illico. Quand il revint, gonflé à bloc, il se creva à remplir des dossiers pour les brevets mais il y avait toujours une pièce manquante, on voulait lui mettre des bâtons dans les roues, on lui lançait des piques. Il ne parvint pas à percer. Il devint colérique, irritable et instable alors que son engin était au contraire un modèle de stabilité. Les deux-roues japonais et italiens se liguèrent aux français pour le déséquilibrer. Son entreprise finit par se casser la gueule et le divorce de sa femme finit par lui attirer les foudres de sa belle famille qui crut naïvement en ses éclairs de génie jusqu’au bout. Aujourd’hui, il est Hell’s Angels, dépressif et vit aux Etats-Unis. Autant dire que je ne le vois plus tellement. Son fils vient de finir la restauration du souvent imité mais jamais égalé tribarrique.


     


         J’admire la capacité d’Alex à avoir fait de la moto un engin peu onéreux en recyclant 3 barriques. Il a fait de la moto une machine très stable, sans avoir recours à 4 roues comme les autos, ou pire les quads, engins bâtards entre la mobylette et la jeep. Il avait, de plus réglé le problème du bruit et de l’entretien du moteur en le supprimant littéralement : gain de poids, de place, aucun entretien, pas de révisions coûteuses, fermeture des garages, ouverture des caves, pas de pollution. Alex, si tu arrives à me lire, tu peux être certain qu’un jour le tribarrique sera sur toutes les routes et dans tous les cœurs. 

         Vous voyez, je ne fais que perpétuer la tradition d’une famille entreprenante, n’hésitant jamais à innover et qui approfondit, car on pressent que c’est l’avenir, l’association technique de l’interaction mutuelle de 3 barriques. 

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